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Pourquoi notre relation au travail a changé ?

par | 13 06 2017

S’il y a un sujet qui nous concerne tous, à la condition que vous soyez en âge, c’est bien le travail. Pas une journée ne s’écoule sans une actualité sur l’emploi, qu’elle soit négative (taux de chômage, fermeture ou délocalisation…) ou positive (valorisation de Champions nationaux, transformation des organisations…). Mais bien que chacun travaille dans des domaines ou des organisations très différents, nous sommes en grande majorité d’accord pour dire que notre relation au travail a changé. Alors comment et surtout pourquoi ?

Pour peu que vous soyez nés à partir de la fin des années 70, votre vision de l’emploi diffère très certainement de celle de vos parents. On a tous entendu ces anecdotes où un père ou un grand-père quittait son patron le matin pour retrouver un job sans aucun souci dans la même journée. On en rêverait… Si aujourd’hui certains profils restent très recherchés et peuvent encore se permettre de changer facilement d’employeur (on pense à vous, amis développeurs…) la réalité de la majorité est plutôt à la difficulté de trouver un emploi. Pourtant, nous sommes amenés à en changer plus régulièrement qu’auparavant. Il devient extrêmement rare de faire toute sa carrière au sein de la même entreprise et même encore plus rare de ne pas changer de métier en cours de route. Quiconque arrive sur le marché du travail sait qu’il devra tôt ou tard s’adapter. Par conséquent plus notre carrière avance, plus nos exigences augmentent. Pas simplement sur le salaire comme ce pouvait peut-être être le cas pour les générations précédentes, mais davantage sur notre adéquation avec les valeurs véhiculé par notre employeur.

Dans l’une de ces conférences, le philosophe Luc Ferry explique que l’importance qu’a pris l’amour conjugal et filial est une conséquence directe de la fin de la servitude et d’une chute de la croyance. Pour schématiser, “l’espace” gagné à moins adorer Dieu ou servir son seigneur, s’est retrouvé comblé par femme et enfant. Ainsi il est difficile pour nous d’imaginer un rapport où l’enfant n’est vu au mieux que comme de la main d’oeuvre alors que ce modèle a perduré pendant des siècles. La comparaison peut paraître audacieuse, mais quand on y réfléchi, les point communs avec l’emploi sont là. Il n’y a plus d’emploi à vie et parce que l’on sait que cela na va pas durer, il n’est plus questions de voir seulement le travail comme un moyen de survivre mais bel et bien aussi comme un moyen de s’accomplir. Cette notion est par exemple très présente chez les nouveaux arrivants sur le marché, les fameuses génération Y et Millenials. Mais Tout comme notre relation à nos enfants peut être différentes de celle de nos ancêtres, elle peut être difficile à comprendre pour des gens plus âgés qui pourront y voir “des gens qui ne veulent pas travailler”.

L’envie d’avoir plus qu’un emploi, un engagement

Il est évident les salariés ayant connu les “30 glorieuses” ou le plein-emploi deviennent rares et même si des soubresauts ont existé, tel que la bulle Internet du début du siècle, ils se sont assez rapidement effondré. D’ailleurs, nombreux sont ceux à prédire le même avenir aux startups actuelles. Alors si les nouvelles générations ont aussi bien intégré ces éléments de “satisfaction au travail”, c’est aussi parce qu’ils ont grandi en opposition à un modèle. Depuis la naissance nous faisons face à la notion de mondialisation, pas besoin de nous l’expliquer nous la vivons quotidiennement. Nous savons que la plupart des marchandises sont importées, qu’il n’est pas si compliqué de travailler avec des gens à l’étranger etc. Mais cela nous a aussi permis de découvrir que le modèle que nous connaissions n’était pas non plus l’Alpha et l’Omega du management. Alors bien sûr à chacun de se faire son opinion sur la gestion à l’américaine, la japonaise, la scandinave… Mais avoir d’autres exemples sur lesquels réfléchir c’est aussi un premier pas pour aller vers ce qui nous convient le plus. Comment s’étonner dès lors que beaucoup cherchent des nouvelles méthodes de travail ? Sur cette seule semaine, 2 de mes contacts LinkedIn ont actualisé leurs statuts en indiquant qu’ils quittaient leurs emplois pour un grand saut dans le vide dans l’espoir de trouver quelque chose plus en adéquation avec leurs attentes. Le comportement peut paraître étonnant dans une société où le travail est réputé difficile à trouver et la nouvelle icône qu’est l’entrepreneur n’y est sans doute pas pour rien. Tu n’es pas content ? Monte ta boite !

De la même manière, si le travail en freelance a longtemps représenté un palliatif, il représentent aujourd’hui une solution pérenne pour de nombreux travailleurs qui y trouve une source d’épanouissement personnel. Ainsi d’après une publication Hopwork/OuiShare, 75% sont fiers de l’être et 90% ont choisi cette situation. Des chiffres corroborés par une précédente étude McKinsey pour qui 1 salariés sur 6 envisage de devenir Freelance. Rappelons que ce secteur a connu un boom de 126% ces dernières années, bien aidé par l’arrivée de plateforme tel que Uber. D’aucuns répondront que cela concernent surtout les métiers digitaux et correspond au rêve vendu par quelques illuminés de la Valley. Peut-être, mais il n’en reste pas moins que le phénomène est là et commence à durer. Tout comme l’automatisation et l’Intelligence Artificielle… Car si nous sommes encore à nous poser la question de savoir si ces nouveaux outils agiront dans le cadre d’une « Destruction créatrice », nous pouvons être sûrs que nos enfants qui seront nés avec ne se poseront même pas la question. Comme nous avec la mondialisation…

Une limite entre vie privée et vie professionnelle plus floue

Avec une part du salariat “traditionnel” qui tend à se réduire, c’est toute la notion de la place du travail dans nos vies qui a été revue.  Quand il s’agit de parler des avantages qu’ils trouvent à leur situation, la plupart des freelances dont nous parlions précédemment mettent en avant l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle qu’ils peuvent y trouver. En effet, depuis quelques années, la frontière entre perso et privé s’est montré de plus en plus floue, soutenue qu’elle est par la digitalisation de la société. Nous sommes désormais hyper-connecté, joignable à tout moment sur nos mails ou nos mobiles. A tel point que l’accord national interprofessionnel du 19 juin 2013 y a apporté une attention toute particulière. Le législateur a même insisté lors de la loi Travail de 2016 en introduisant un “droit à la déconnexion” pour les entreprises de plus de 50 salariés.

La limite entre travail et vie privée s’est vue d’autant plus s’estomper que nombres d’applications autrefois réservée à la sphère personnelle sont aujourd’hui utilisées dans le monde pro. Twitter, Facebook ou Instagram servent ainsi largement aux entreprises et aux marques à faire leur promotion, on note ses rendez-vous sur le même Google Calendar, Skype ou Slack permettent tout autant les conversations avec la famille et amis que les collaborateurs ou les rendez-vous d’affaires. Il n’est pas rare que nos amis et collègues se mélangent joyeusement au sein de nos réseaux sociaux et soient les premiers à “liker” des contenus pas toujours en rapport avec la relation que l’on peut entretenir avec eux. Et je ne parle pas du travail à distance qui mériterait un article à lui tout seul.

Hérésie pour les uns, normal pour les autres, la “valeur travail” a pris une place de choix dans nos vies et beaucoup souhaitent que celle-ci soit en adéquation avec leur valeurs profondes

Le renouveau de la culture d’entreprise

Et cela, de nombreuses entreprises l’ont compris. Avec la montée des revendications de QVT (Qualité de Vie au Travail) voir même de bonheur au travail c’est toute la place de l’entreprise qui est à repenser. Pour embaucher ou fidéliser les meilleurs il ne suffit plus de simplement leur proposer un plus gros chèque. Beaucoup de grands groupes font face à des difficultés de recrutement avec des jeunes diplômés qui préfèrent rejoindre des Startups ou autres jeunes entreprises innovantes où ils se reconnaissent mieux. Là-bas ils pensent pouvoir mieux apprendre, y avoir plus de responsabilité et surtout partager des valeurs communes avec un management plus moderne.

C’est là qu’entre en scène la fameuse “Marque employeur”, que l’on peut résumer à un marketing en direction non pas des clients et partenaires mais bel et bien des employés. Comme nous le disait Jacques Froissant, fondateur du cabinet de recrutement Altaïde, une entreprise ne peut plus aujourd’hui se contenter de véhiculer des valeurs dans sa publicité. Celles-ci doivent être réelles et s’appliquer aux collaborateurs sous peine d’être rapidement démasquées.

Tout le monde a encore en mémoire la vague de suicides qui a pu toucher France Télécom il y a quelques années, la viralité de l’information dû à la digitalisation et aux réseaux sociaux ont tôt fait de provoquer un bad buzz dont l’opinion publique ne tardera pas à se saisir. Dans un contexte de défiance des élites (comme l’ont prouvé les dernières élections) il en faut parfois peu pour mettre le feu au poudre. A l’image des avis clients qui inondent le commerce, il est désormais plus simple de communiquer sur son mal être dans l’entreprise. On peut, par exemple, interpeller directement un décideur sur Twitter qui ne peuvent plus feindre d’ignorer la réalité du terrain.

Alors où en sommes-nous ? Entre d’un côté des salariés qui, au-delà d’un job, veulent faire partie de quelque chose plus grand, donner du sens à ce qu’ils produisent. Et de l’autre, des entreprises qui commencent à comprendre qu’un salarié satisfait produit mieux et est moins absent, des ententes sont certainement possibles. Bien sûr que notre rapport au travail a changé et il n’a pas fini de le faire, sans angélisme, il est évident que de belles pages restent à écrire.
Nous espérons y contribuer, avec vous ! 

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